Le développement de l'expertise et du talent en ski de bosses : de la pratique délibérée à l'activité privée

Sous la direction de Maryvonne Merri et Roland Goigoux

Soutenance

Le 11 juillet 2018 à Montréal, devant le jury composé de : 

  • Jacques FOREST, Professeur titulaire, Département d’organisation et ressources humaines, Université du Québec à Montréal, Montréal, Canada
  • Denis HAUW, Professeur associé, Faculté des sciences sociales et politiques, Institut des sciences du sport, Université de Lausanne, Lausanne, Suisse
  • Maryvonne MERRI, Professeure au Département de psychologie, Université du Québec à Montréal, Montréal, Canada (Directrice)
  • Michel RÉCOPÉ, Co-directeur de recherche, Maître de conférences, HDR, STAPS, Université Clermont Auvergne, Clermont-Ferrand, France (Co-Directeur de thèse)
  • Géraldine RIX-LIÈVRE, Professeur STAPS, Université Clermont Auvergne, Clermont-Ferrand, France
  • Christiane TROTTIER, Professeure agrégée, Département d’éducation physique, Université Laval, Québec, Canada


Résumé

Les skieurs et les skieuses de bosses constituent une communauté d’athlètes talentueux et exceptionnels au sein de la population sportive canadienne : ceux-ci ont remporté quatre médailles aux Jeux olympiques de Sotchi (2014) et leur absence du podium est atypique sur le circuit de la Coupe du monde. Comment ces skieurs et ces skieuses de bosses ont-ils développé une expertise leur permettant d’être parmi les meilleurs, sinon les meilleurs, au monde ?
L’atteinte d’un niveau expert est attribuable à la conduite de pratiques délibérées dirigées par un professeur et visant à améliorer des habiletés critiques à la performance (Ericsson, Krampe et Tesch-Römer, 1993). Ces pratiques ont lieu en dehors des cours institutionnels (entraînements avec l’équipe de sport) (Ericsson et al., 1993). Le développement du talent (et de l’expertise) en sport résulterait d’une accumulation de pratiques délibérées et de jeux délibérés menés au cours de 10 années ou 10 000 heures (Memmert, Baker et Bertsch, 2010). Le jeu délibéré est un engagement précoce dans une activité physique intrinsèquement motivante qui procure une gratification immédiate ainsi qu’une expérience de plaisir (Côté et Hay, 2002). En ayant lieu à l’extérieur de l’institution sportive, ces pratiques et ces jeux sont invisibles au public, suggérant que d’autres formes d’activités existent. Dès lors, cette thèse investigue l’ensemble des situations d’apprentissage menées en dehors des équipes de ski de bosses par des skieurs/skieuses expert(e)s et prometteur(e)s canadiens/canadiennes.

Cette thèse appliquée approfondit la contribution de ces situations d’apprentissage au développement de l’expertise et du talent au moyen du concept d’Activité privée, un outil conceptuel qui regroupe l’ensemble de ces situations. Notre méthodologie qualitative, rétrospective et ethnographique traduit le point de vue et l’expérience de ces skieurs et de ces skieuses provenant de la culture sportive spécifique (Darbon, 2002) du ski de bosses au Québec et au Canada.
La première partie de la thèse met en évidence une variété de catégories d’activités privées qui apparaissent, disparaissent ou se maintiennent au cours du développement sportif. Ces activités privées correspondent non seulement à des pratiques et des jeux identifiés dans la littérature sur le développement de l’expertise et du talent (Côté, Erickson et Abernethy, 2013; Ericsson et al., 1993), mais également à des jeux contribuant au développement cognitif et moteur (Piaget, 1945). Les skieurs évoquent aussi des formes d’activités privées "Autres".

La deuxième partie de la thèse montre que le choix et la mise en place des activités privées dépendent de la disponibilité des ressources environnementales (artefacts) et sociales, mais également du contexte spatio-temporel. La mise en place et le déroulement des activités privées sont subordonnés aux processus proximaux (Bronfenbrenner, 1977), c’est-à-dire auxétayages (Bruner, 1983a) de l’entourage (entraîneurs, parents, fratrie et coéquipiers) et aux moyens d’autorégulation(Zimmerman, 2000) de celles-ci.

La troisième partie de la thèse démontre que le choix de l’activité privée à mener découle d’un désir (Ross, 1995), orienté vers une fin-en-vue (Dewey, 1938), et d’une valorisation pragmatique. Outre ces constats, le choix, la mise en place et le déroulement des activités privées sont orientés par une sensibilité à (Récopé, Rix- Lièvre, Kellin et Boyer, 2014) et un modèle de performance idéale propre à chaque skieur.
La quatrième partie expose les bénéfices retirés des activités privées. Ces bénéfices retirés permettent au skieur de posséder des habiletés critiques (habiletés techniques, physiques, stratégiques, mentales, esthétiques, proprioceptives et visant la performance globale) lui permettant ainsi d’offrir une performance experte et talentueuse en compétition de ski de bosses.

Une modélisation du concept d’Activité privée pour étudier le développement de l’expertise en sport est proposée à l’issue des quatre parties de la thèse.
Pour conclure, le parcours non identique de ces skieurs de bosses experts et prometteurs relève d'interactions complexes et dynamiques par la valorisation d’activités privées, qui sont étayées directement ou indirectement par l’entraîneur, la famille et les coéquipiers, mais également par la présence de conditions socioéconomiques et géographiques favorables ou défavorables à la mise en place de certaines activités privées. Enfin, le meilleur skieur de l’échantillon, cinq ans après notre recherche, est non seulement celui ayant mené la plus grande variété d’activités privées orientées par une sensibilité à l’excellence et un modèle de performance idéale, mais il est également celui ayant bénéficié de la plus grande variété d’étayages de son entourage social ; celui ayant retiré la plus grande variété de bénéfices soutenant le développement d’habiletés critiques à la performance experte et talentueuse en ski de bosses.