DECLICS, Dispositifs d’Etudes Cliniques sur les Corpus Santé

Le projet DECliCS engage une collaboration scientifique entre quatre laboratoires de recherche auvergnats, en SHS (LRL, ACTé) et en Médecine (NPsy-Sydo, PEPRADE). Il analysera des productions orales, recueillies lors d’entretiens médicaux entre patients et professionnels de la santé, pour faire collaborer, à l’initiative de la linguistique et de la médecine, des spécialistes de plusieurs disciplines. Il précisera à travers l’étude de la langue le mode selon lequel on peut envisager l’aide au patient pour l’accompagnement médical et/ou en prévention santé. Nous avons : 1. L’ambition de traiter des données précieuses (recueil, transcription et analyse linguistique) pour les rendre accessibles à d’autres disciplines (la médecine, la neuropsychologie, la psychiatrie, les approches analytiques) ; 2. La volonté de partager et d’enrichir les connaissances sur la langue en contextes situés (secteurs médico-hospitaliers).

Le programme scientifique présenté poursuivra trois objectifs majeurs :
  • Objectif 1. Constituer les Corpus Santé selon un protocole scrupuleusement étudié de recueil, d’édition et d’exploitation.
  • Objectif 2. Analyser linguistiquement les données en croisant les points de vue. Identifier tous faits qui feraient lien entre langage et santé ; donner des outils linguistiques pour alimenter la réflexion générale des pratiques soignantes.
  • Objectif 3. Nous envisageons l’extension (et/ou transformation) de la plateforme de données verbales, qui n’héberge encore que des Corpus Scolaires (MSH de Clermont-Ferrand, Philosophèmes).

Les extraits transcrits, triés et sécurisés, les échantillons analysés pourront servir à la formation professionnelle régionale (médicale et paramédicale ; médecins ; orthophonistes ; psychologues cognitivistes ; neuropsychologues ; linguistes ; futurs professeurs). Ce projet contribuera à approfondir et à rendre visible la collaboration entre l’université, les instances de recherche et les collectivités territoriales. Chacun des travaux doctoraux régionaux financés participera à atteindre les objectifs définis. Les recherches préciseront les outils et les clés nécessaires aux partenaires médicaux pour qu’ils aient des modalités nouvelles de visualisation et d’exploration des données verbales. Ce, en vue d’une écoute plus singulière et d’une meilleure compréhension.

Participants

Membres du laboratoire

Membres extérieurs

  • Mylène BLASCO (LRL - UCA)
  • Carole FRY (CHU - Université de Genève)
  • Paul CAPPEAU (FORELL - Université de POIT IERS)
  • Elisabeth RICHARD (LIDILE - Université de RENNES 2)
  • Jean CHAZAL (CHU Clermont Fd - CHU)

Présentation

Les données orales retenues dans ce projet sont des entretiens collectés dans des conditions d’accompagnement de patients rencontrés en situation d’hospitalisation : chaque année, d’octobre à juin, des entretiens cliniques sont organisées dans plusieurs services du CHU de Clermont-Ferrand (maternité, PMA, cardiologie, nutrition, médecine interne, maladies infectieuses, néphrologie, pédiatrie, neurologie, réanimation) par l’intermédiaire de l’association Médecine et psychanalyse dans la cité de Clermont-Ferrand dont les membres (médecins, infirmières, psychanalystes, psychologues, philosophes) sont et seront associés à ce projet.
Les Corpus Santé, corpus situés ainsi collectés, représentent un corpus verbal inédit dans ses choix de recueil. Il sera développé, enrichi de nouvelles données et construit conjointement avec les services qui accueillent ces entretiens, ceci pour répondre à certaines de leurs préoccupations et prolonger des échangent déjà bien avancés. Ce projet donnera lieu à des échanges entre la recherche scientifique et la recherche clinique pour mieux cerner les spécificités des différents domaines et les points de rencontre possibles. Pour la linguistique, il s’agit de ne pas s’enfermer dans des cadres théoriques contraignants qui, pendant longtemps, ont nourri une réflexion sur le langage biaisée par une représentation faussée du matériau (comparaison inégale du registre oral / écrit par exemple ; mauvaise interprétation donnée aux processus de construction de la langue orale ; sentiment d’absence d’une grammaire à l’oral). Par ailleurs, il semblerait que l’histoire des rapports entre la linguistique et l’étude du « langage santé », pathologique ou non, soit bercée par des vagues culturelles successives, jusqu’à ce que les approches cognitivistes marginalisent trop largement la linguistique descriptive au profit de modèles conceptuels ayant une vocation trop explicative, et trop directement diagnostique : les travaux sur l’aphasie illustrent cette position. Ce déclassement du regard de la linguistique s’est effectué malgré l’apport riche des travaux des années 80 quant au croisement entre linguistique et somatisation (Sami-Ali, 1987 ; Davie-Ménard, 1983, pour exemple) ou entre linguistique et psychanalyse (Arrivé, 1986 ; Irigaray, 1985 ; Shea, 1998 ; Carlat, 2005). Il nous semble que souvent l’évaluation des professionnels de la santé, peu irriguée par ces apports ou progressivement écartée de certains de ces apports, est succincte voire réductrice : "expression verbale difficile", "déstructuration totale" et qu’elle manque de nuance (Strubel 2008). Notre connaissance de la langue parlée et notre compréhension des mécanismes en jeu dans l’oral non préparé ont fortement bénéficié de l’approche descriptive (Blanche-Benveniste : 2011) et ont permis de lutter contre divers stéréotypes. C’est dans un souci d’expertise (par le recueil, la mise en forme des données, l’analyse) que nous redonnerons toute son importance à la langue en tant que telle, dans la forme particulière qu’elle prend dans son expression, pour les différents procédés qu’elle met à l’oeuvre dans l’élaboration du discours oral (et que l’on apprend à entendre), pour aller ensuite et seulement (dans un deuxième temps) vers l’analyse du contenu. Il s’agira de décrire avec des outils linguistiques "le" discours. Méthodologiquement, l’extraction d’indicateurs pragmatiques, la mise en grille d’extraits caractéristiques des Corpus Santé, l’exploitation des axes paradigmatiques et syntagmatiques où se déploie l’oral, permettront de décrire les structures langagières pour améliorer les connaissances, en particulier du personnel en santé.
La phase de recueil des données consistera à :
1. Constituer les Corpus Santé, c'est-à-dire enregistrer et transcrire des « entretiens oraux de patients» selon un protocole strict en situation clinique ;
2. Délimiter des extraits de corpus intéressants pouvant servir de données de re?fe?rence en santé en dressant, par exemple, la diversité des profils linguistiques patients/soignants extraits des Corpus Santé. La phase d’analyse des données linguistiques exploitera les Corpus Santé pour faciliter la contribution des SHS au profit de la communauté médicale. Nous mettrons en exergue ce qui constitue une plus-value de ces entretiens cliniques en étudiant la langue mobilisée. Méthodologiquement, l’ancrage syntaxique de l’analyse contribuera à éclairer voire délimiter différemment la souffrance psychique. Nous suivons l’hypothèse qu’au-delà des maladies qui altèrent le langage (déficiences cognitives, exécutives ou langagières liées au vieillissement, démences répertoriées, voir Petrissans, Wirotius et Montagnier, 1988 pour un aperçu), le langage donne toujours des indications importantes sur toute maladie et son contexte. Même si elle n’est pas atteinte dans son fonctionnement l’organisation cognitive et langagière qualifie le confort en santé du patient. L’expertise langagière permet l’extraction de paramètres significatifs grâce aux outils linguistiques, sémantiques pragmatiques qui affineront l’évaluation du langage. Que ce soit le langage pathologique ou non touché dans sescapacités d’expression orale (c’est-à-dire qu’aucun trouble de langage n’est diagnostiqué malgré la maladie), la linguistique donne des clés pour améliorer la compréhension de l’élaboration du discours. Ce que fait la langue est visible dans le matériau même des emplois de la langue. L’expertise du linguiste sert à mieux comprendre en quoi la prise en charge de type médical opère avec plus ou moins de qualité. La collaboration du linguiste vient nécessairement en d’une écoute singulière menée par la médecine. Il est donc clair que le but premier de ce projet est de travailler sur ce que dit la langue dans le discours échangé entre le patient et le médecin, autour de la maladie, que le langage soit sans déficience aucune ou partiellement touché par la maladie. Notre force tient à l’habitude que nous avons de l’écoute singulière de la langue parlée pour ce qu’il y a à entendre et à dire des phénomènes liés à la spontanéité du langage (Blasco 2015 et 2016). Nous nous situons en complémentarité de travaux entrepris sur l’écoute pour des questions de santé liées au numérique, ceux par exemple du docteur Galichon (Hôpital de Lariboiserie). Dans ce cadre une médecine virtuelle et une offre de santé sont connectées. Il s’agit de travailler sur des dialogues médecin-patient, pour arriver à produire des dialogues interactifs et avoir le moyen d’obtenir un diagnostic fiable (en congruence avec une écoute normale) et une réponse en ligne (Cf. MEDVIR Système Expert ; Bewellcheck-up Assistant Personnel de Santé ; partenariats : Société spécialisée dans l’électronique médicale VISIOMED Group et Medical Intelligence Service).
 

Partenariats

Partenaires

Université et CHU

Financements

Région

En savoir plus

Méthode(s) / Méthodologie(s)

Constituer les Corpus Santé selon un protocole scrupuleusement étudié de recueil, d’édition et d’exploitation. Analyser linguistiquement les données en croisant les points de vue. Identifier tous faits qui feraient lien entre langage et santé ; donner des outils linguistiques pour alimenter la réflexion générale des pratiques soignantes. Extension (et/ou transformation) de la plateforme de données verbales, qui n’héberge encore que des Corpus Scolaires (MSH de Clt-Fd, Philosophèmes). => Les extraits transcrits, triés et sécurisés, les échantillons analysés pourront servir à la formation professionnelle régionale (médicale et paramédicale ; médecins ; orthophonistes ; psychologues cognitivistes ; neuropsychologues ; linguistes ; futurs professeurs).

Cadre(s) théorique(s)

Le projet DECliCS engage une démarche collaborative scientifique entre quatre laboratoires de recherche auvergnats (LRL, ACTé, NPsy-Sydo et PEPRADE). C’est un projet de recherche d’ampleur sur le territoire auvergnat dans l’esprit même de la future Université Clermont Auvergne : ouverte et interdisciplinaire. Il vise à développer l'analyse du langage recueilli dans le cadre d’entretiens en situation médicale, entre patients et professionnels de la santé. Cette recherche associe la linguistique et la médecine. Elle part de l’hypothèse que la linguistique peut proposer une expertise du langage de patients, locuteurs en situation clinique, et aider à trouver des outils de caractérisation des faits de langue. Nous entendons expertise dans le sens d’une analyse de la langue, basée sur une écoute singulière, pour entendre ce que dit le dialogue, et comment il le dit pour ce qui concerne la santé et ses dommages collatéraux.
Dans la littérature scientifique en SHS, les approches linguistiques ont depuis longtemps été sollicitées pour éclairer les professionnels de la santé sur le langage (Have, 1989 ; Mayaffre, 2005 ; Huang, 2007 ; Martin J. Ball & alii, 2011 ; Vergely et alii, 2009 ; Asp & de Villiers, 2010 : Zuckerman, 2010 ). Les sciences humaines ont apporté des outils, des matériaux, des concepts qui ont alimenté la réflexion dans les pratiques soignantes (phonétique, phonologie, linguistique fonctionnelle, structuralisme, approches discursives, psychologie pragmatique). Le caractère novateur de ce projet tient en ce que l’approche linguistique veut rester plus près encore de la matérialité langagière, par rapport aux investigations menées dans les autres disciplines. Ici, l’analyse linguistique donne du crédit au matériau "langue parlée" sans le restreindre à son utilisation : "en montrant le chantier d’élaboration de la parole, [l’oral] fait voir les mécanismes langagiers sous un autre jour, et surtout fait émerger des phénomènes effacés de la composante écrite" (Barbéris, 1999, 4 ).
Du côté de la psychologie, la psychologie pragmatique s’est inscrite depuis une trentaine d’année dans une perspective d’application de la logique interlocutoire (T rognon, 1999 ; Ghiglione & Trognon, 1993) à divers secteurs dont celui de la santé mentale (Musiol, 2009, Huang, 2007 ; T ausczik & Pennebaker, 2010 ). Les travaux en psychologie sociale du langage développés au sein du laboratoire ACTé ont permis de faire émerger la rationalité de certains discours scolaires ; ils seront étendus au champ de la santé ou de l’éducation à la santé (cf. Verhaegen, F., Musiol, M, 2008).
Du point de vue méthodologique, nous souhaitons donner de nouveaux outils et des clés pour fournir aux partenaires des modalités nouvelles de visualisation, d’exploration du corpus et une grille de lecture originale pour permettre une meilleure compréhension du fonctionnement du langage sur le plan de la construction morphosyntaxique et sur le plan du fonctionnement social et cognitif des patients. Cette orientation de travail est déjà engagée à Clermont-Ferrand (Blasco, 2014 ). Des projets de recherche ont déjà vu le jour à Rennes (Haxaire C. (resp. scient.), Richard E., Dumitru- Lahaye C., Genest Ph., Bodénez P. et Bail P. (éds), 2005). En tant que linguistes spécialistes de l’analyse de la langue parlée, et des méthodes de la linguistique sur corpus, nous souhaitons insister sur la contribution spécifique de la linguistique descriptive, dans un projet interdisciplinaire où se rencontrent des pratiques scientifiques différentes (pour les variables, les méthodes et les niveaux d’analyse)
qui interrogent les données langagières.
Le projet DECliCS suit la perspective d’une linguistique qui s’appuie sur les corpus en situation écologique (Biber 1988 ; Malrieu & Rastier 2001 ; Cori, David & Léon 2008). Il a pour ambition de recueillir et de traiter des données orales (collecte, transcription et analyse) pour les rendre accessibles à d’autres disciplines (la neuropsychologie, la psychiatrie, les approches psychanalytiques), de partager et d’enrichir les connaissances dont on dispose sur la langue en contextes situés.